Le phénomène des marchands de sommeil gangrène le marché locatif français depuis des décennies.
Ces propriétaires peu scrupuleux exploitent la vulnérabilité de locataires en situation précaire, leur louant des logements insalubres à des prix exorbitants.
Face à cette pratique inhumaine, les pouvoirs publics ont progressivement durci l’arsenal législatif pour protéger les victimes et punir les coupables.
Malgré ces efforts, le mal-logement persiste dans certaines zones urbaines, alimenté par la crise du logement et la pauvreté.
Marchand de sommeil : une exploitation du mal-logement en France

Définition légale et critères d’identification
Un marchand de sommeil désigne un bailleur qui loue sciemment un logement indigne ou insalubre à des personnes vulnérables, dans le but d’en tirer un profit anormal. Le Code de la santé publique qualifie d’insalubre tout logement « dangereux pour la santé des occupants ou des voisins du fait de son état ou de ses conditions d’occupation ».
Pour être considéré comme décent, un logement doit respecter des critères précis définis par le décret n°2002-120 du 30 janvier 2002. Il doit notamment disposer d’une surface habitable minimale de 9 m², d’une hauteur sous plafond d’au moins 2,20 m, et être équipé d’installations sanitaires et de chauffage fonctionnelles.
Les pratiques abusives courantes
Les marchands de sommeil recourent à diverses pratiques pour maximiser leurs profits au détriment de la santé et de la sécurité des occupants. Ils divisent illégalement des appartements pour créer des micro-logements exigus, louent des caves ou des greniers non aménagés, ou entassent plusieurs familles dans un même logement.
Ces habitations ont souvent des problèmes d’humidité chronique, de moisissures, d’installations électriques dangereuses, ou encore d’absence de chauffage. Certains bailleurs vont jusqu’à louer des logements dépourvus d’eau courante ou de sanitaires.
Le profil des victimes ciblées
Les marchands de sommeil ciblent principalement les populations les plus fragiles et démunies face à la crise du logement. Parmi leurs victimes, on trouve fréquemment :
- Des migrants en situation irrégulière
- Des familles monoparentales aux faibles revenus
- Des étudiants précaires
- Des personnes âgées isolées
- Des travailleurs pauvres
Ces locataires vulnérables, souvent dans l’urgence, acceptent des conditions de logement indignes par manque d’alternatives. Ils craignent généralement de porter plainte par peur de représailles ou d’expulsion.
L’arsenal des sanctions contre les marchands de sommeil
Les sanctions pénales renforcées
La loi ELAN de 2018 a considérablement durci les sanctions pénales encourues par les marchands de sommeil. Ils risquent désormais jusqu’à 5 ans d’emprisonnement et 150 000 € d’amende pour soumission de personnes vulnérables à des conditions d’hébergement indignes.
La loi Immigration de 2023 a porté cette amende à 300 000 € lorsque la victime est un étranger en situation irrégulière. Les tribunaux peuvent également prononcer une interdiction d’acquérir des biens immobiliers pendant 5 ans.
Les mesures administratives d’urgence
Les autorités disposent de plusieurs outils pour agir rapidement face à des situations d’habitat indigne :
| Mesure | Autorité compétente | Effet |
|---|---|---|
| Arrêté d’insalubrité | Préfet | Interdiction d’habiter et obligation de travaux |
| Arrêté de péril | Maire | Évacuation et sécurisation du bâtiment |
| Astreinte administrative | Maire ou Préfet | Jusqu’à 1000 € par jour de retard dans l’exécution des travaux |
Les sanctions financières et patrimoniales
Au-delà des amendes pénales, les marchands de sommeil s’exposent à de lourdes sanctions financières. Les tribunaux peuvent ordonner la confiscation des loyers perçus illégalement et leur remboursement aux locataires lésés.
Dans les cas les plus graves, la justice peut prononcer la confiscation du bien immobilier ayant servi à commettre l’infraction. Cette mesure vise à priver durablement les délinquants du fruit de leurs activités illicites.
Les recours disponibles pour les victimes

Les démarches administratives auprès des autorités
Les victimes de marchands de sommeil disposent de plusieurs voies de recours pour faire valoir leurs droits. Elles peuvent signaler leur situation auprès de la mairie, qui mandatera un inspecteur de salubrité pour constater l’état du logement.
En cas de danger immédiat, il est recommandé de contacter directement l’Agence Régionale de Santé (ARS) ou la Direction Départementale des Territoires (DDT). Ces services peuvent déclencher une procédure d’urgence pour protéger les occupants.
Les actions judiciaires possibles
Les locataires peuvent saisir le tribunal judiciaire pour obtenir :
- La résiliation du bail sans préavis ni indemnité
- Une réduction rétroactive du loyer
- Des dommages et intérêts pour préjudice subi
- L’exécution forcée de travaux de mise en conformité
Il est également possible de porter plainte au pénal pour « mise en danger de la vie d’autrui » ou « hébergement contraire à la dignité humaine ». Le procureur peut alors engager des poursuites contre le bailleur indélicat.
L’accompagnement par les associations spécialisées
De nombreuses associations accompagnent gratuitement les victimes dans leurs démarches. La Fondation Abbé Pierre, le DAL (Droit Au Logement) ou encore la CLCV (Consommation, Logement et Cadre de Vie) proposent un soutien juridique et administratif utile.
Ces organisations peuvent également aider les locataires à constituer un dossier DALO (Droit Au Logement Opposable) pour obtenir un relogement prioritaire. Leur expertise est souvent déterminante pour faire aboutir les procédures.
L’ampleur du phénomène et les évolutions récentes
Les chiffres clés du logement indigne en France
Selon les dernières estimations du ministère du Logement, environ 450 000 logements occupés seraient considérés comme indignes en France. Ce phénomène toucherait plus d’un million de personnes, principalement dans les grandes agglomérations et les zones tendues.
En 2024, plus de 200 procédures judiciaires ont été engagées contre des marchands de sommeil présumés. Les signalements ont augmenté de 15% par rapport à l’année précédente, témoignant d’une prise de conscience croissante.
Les zones géographiques les plus touchées
Le mal-logement se concentre particulièrement dans certaines régions :
| Région | Nombre estimé de logements indignes | Principales zones concernées |
|---|---|---|
| Île-de-France | 170 000 | Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne |
| Provence-Alpes-Côte d’Azur | 80 000 | Marseille, Nice |
| Hauts-de-France | 60 000 | Roubaix, Tourcoing |
Les nouvelles mesures législatives de 2023-2025
La loi Immigration de 2023 a consolidé les sanctions contre les marchands de sommeil exploitant des étrangers en situation irrégulière. Elle prévoit notamment la possibilité de saisir les biens immobiliers acquis grâce aux profits illicites.
En 2025, un projet de loi vise à faciliter l’expropriation des propriétaires indélicats au profit des collectivités locales. Cette mesure permettrait de rénover plus rapidement les logements insalubres et de les remettre sur le marché locatif social.

