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Financement participatif : que penser de son fort développement ?

Publié le 06/10/2016 - Modifié le 06/10/2016

Financement participatif : que penser de son fort développement ?

La croissance exponentielle du  crowdlending  ne doit pas masquer les efforts  nécessaires pour assurer sa perennité.

Petit rappel lexicologique

La finance participative comporte 3 catégories d’échanges financiers : le crowdfunding en dons, le crowdfunding en apport de capital, et le crowdlending en prêts remboursables.
Les 2 premiers leviers de financement participatif s’adressent majoritairement à des projets de création d’entreprise ou de start-up. Le crowdlending se destine à des PME déjà établies et qui présentent une capacité de remboursement de l’emprunt.
C’est ce 3ème levier qui ne cesse de croître de manière exponentielle.

 

La vérité des chiffres

Selon le baromètre publié sur crowdlending.fr, le montant  de prêts accordés sur les huit premiers mois de l’année 2016 s’élève à près de 46,5 millions d’euros, soit une multiplication par 3,3 par rapport à la même période en 2015.  Mécaniquement le même rythme de croissance s’est appliqué à la collecte de fonds auprès des particuliers pour financer ces prêts.

Ce mouvement a été favorisé par un avantage évident pour les particuliers qui apportent leur épargne pour financer ces prêts : la perception d’un taux d’intérêt particulièrement attractif.
Il faut souligner à ce titre que les entreprises bénéficiaires ont emprunté au taux moyen de 7,12 %  sur une durée moyenne de 38 mois.
Ces données chiffrées particulièrement favorables ont incité, en moins de 2 ans, plus de 10 plateformes, dont Unilend, Lendopolis, Finsquare, Lendosphère, Lendix, Credit.fr, Bolden, PreUp et Prexem à se lancer dans le crowdlending.

 

Y a-t-il des risques de dérives ?

C’est en tout cas la question que se posent des magazines comme Challenges qui s’interroge du point de vue des prêteurs : « Les épargnants, alléchés par des taux de rendement élevés, peuvent-ils perdre leur chemise sur ces terres inconnues ? » soulevant le risque côté investisseurs en cas de défaillance d’entreprises.

Mais l’enjeu est bien plus global, , une fréquence d’incidents de remboursement trop élevée pourrait amener, les épargnants à déserter cette nouvelle forme d’investissement au détriment des porteurs de projets qui se trouveraient orphelin d’une source de financement qui leur offre une alternative par rapport au financement bancaire.

C’est pourquoi il est essentiel que  les plates-formes de crowdlending doivent sélectionner soigneusement les projets de financement et  jouer la carte de la transparence en publiant leur taux de défauts de paiement.
C’est d’ailleurs une obligation règlementaire que de publier ces chiffres chaque trimestre.

A noter : l’article 25 codifié sous un article 125-00 nouveau du CGI établit que les particuliers qui consentent des prêts peuvent, depuis le 1er janvier 2016, imputer la perte en capital subie le cas échéant en cas de non remboursement de ce prêt dès lors que la créance devient définitivement irrécouvrable. Cette imputation intervient en déduction des revenus imposables et s’applique sans effet rétroactif, c’est-a-dire uniquement aux prêts consentis depuis le 1er janvier 2016.

 

Le manque d’antériorité peut poser problème

Tout essai d’analyse statistique est vain, la plupart des plates-formes n’ayant qu’une à deux années d’existence.
« Il est bien trop tôt pour que les chiffres soient significatifs », souligne à ce titre le Secrétaire général de l’Orias, l’institution qui délivre le statut officiel d’intermédiaire en financement participatif.
Dès lors pourquoi s’alerter si tôt ? Trop tôt ?
Il reste que pour se pérenniser une plate-forme de crowdlending doit acquérir une taille critique que les spécialistes estiment à 100 Millions d’euros de volume par an. D’où quelques récentes disparitions ou absorptions.

 

Quelle conséquence si une plate-forme ferme ?

Les dégâts sont en principe limités. Les plateformes sont en effet adossées à des prestataires de paiement, eux-mêmes régulés, et tenus d’assurer les flux financiers des sites même s’ils défaillent, afin de couvrir les remboursements des prêts.

LemonWay* est ainsi devenu la véritable tour de contrôle du financement participatif, l’entreprise hébergeant les fonds et gérant les paiements de 200 plates-formes en Europe. La société, dûment chaperonnée par l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), a intérêt à bien surveiller ses clients (les plateformes) et les clients de ses clients (les entreprises).

C’est pourquoi Lemonway délègue régulièrement des inspecteurs auprès des plateformes pour bien s’assurer de la bonne gestion des dossiers.
*LemonWay est une entreprise française de la FinTech proposant des solutions de paiement, en Europe et en Afrique francophone.

 

Quelles sont les activités et PME financées ?

Le champ d’intervention du crowdlending va de la TPE de 3 à 5 salariés à l’ETI de 2 000 employés et plus. L’écart de chiffre d’affaires de ces entreprises est tout aussi large : de 50 000 euros à près de 200 millions d’euros annuels.
Selon une étude récente de la plateforme Lendix, les secteurs d’activité financés sont aussi très diversifiés, avec une dominante pour l’hôtellerie-restauration (18% des projets), le commerce (15%), l’industrie (15%), les études et conseils (10%), la communication (9%).
Selon cette même étude, les montants financés sont en majorité de 30 000 à 250 000 euros. 80% des projets sont financés sur des durées de 3 à 5 ans.

Au final, le danger essentiel qui guette cette jeune filière de financement est bien le risque de réputation. L’ensemble des acteurs a donc intérêt à se comporter de manière éthique et à scier rapidement les éventuelles « branches pourries ».
Si la communication autour du financement participatif est aujourd’hui positive, une grande vigilance de tous les intervenant est le meilleur garant sa continuité.