
EN BREF...
Evaluer lentreprise est un exercice que le candidat-repreneur devra faire plusieurs fois, à différents moments de la négociation, avec des objectifs et des moyens différents :
Prix demandé (affiché par le cédant)

prise dinformation par le repreneur

Offre dintention du repreneur

Négociation

Offre conditionnelle du repreneur

Négociation

Offre ferme : engagement du repreneur
| Etape | Objectifs | Base dévaluation |
| Offre dintention |
Objectif du cédant : vérifier que le candidat a une "bonne" valeur en tête et quil est sérieux dans sa démarche.
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Information parcellaire et non validée :- description orale, - texte de petite annonce ou de bulletin dopportunités, - mémorandum de conseil en fusion-acquisition.
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| Offre conditionnelle, formulée sous certaines réserves identifiées |
Objectif du cédant : sassurer que la négociation peut aboutir avant de divulguer des informations et de consacrer du temps au repreneur.
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Information plus large mais non nécessairement validée :- 3 derniers chiffres daffaires et bénéfices présentés par le comptable du cédant, - ventilation du CA par activité et par nature de clients, - degré de concentration de la clientèle, - plan dinvestissement prévisionnel, etc.
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| Offre ferme (engagement irrévocable) | Fixer définitivement le prix (ou ses mécanismes de calcul) et les modalités détaillées de la transaction. |
Information exhaustive et fiable. Le repreneur est sûr de ce quil achète et a trouvé réponse à toutes ses questions :- il dispose des trois derniers bilans certifiés, - il a visité lentreprise plusieurs fois, de jour et en semaine, - il a rencontré les principaux collaborateurs, - il a décortiqué tous les chiffres et se les est fait expliquer au besoin.
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Lenjeu du prix est important pour les deux acteurs :
- le cédant souhaite tirer le meilleur parti de son travail passé et la vente de son affaire peut constituer une part significative dans son départ à la retraite,
- le repreneur a, quant à lui, le souci de préserver ses moyens financiers pour la sauvegarde et le développement futur de lentreprise quil veut reprendre.
Pourquoi est-il si difficile de fixer le prix ? Parce que lentreprise est un objet unique, dont une bonne partie de la valeur dépend de quelquun qui sen va (le cédant) et de performances futures dont la réalisation nest pas certaine.
Lévaluation ne permet pas de fixer un prix mais plutôt des ordres de grandeurs, des bases de discussion. Le véritable prix dune entreprise est celui auquel se conclut lachat, cest-à-dire :
- le prix accepté par le cédant,
- le prix quun repreneur est capable de financer sans pénaliser la sécurité future de lentreprise.
Attention ! Lévaluation des start-up et des entreprises en difficultés sappuie sur dautres méthodes non décrites dans ce document.
Avant de prendre la calculatrice
Quelques points importants à étudier :
Quelle est ladéquation entre le repreneur et lentreprise ?
Le repreneur saura-t-il faire aussi bien que le dirigeant actuel ? Si ce nest pas le cas, son évaluation devra être prudente, car le savoir-faire du cédant ne fait pas partie de la reprise, même sil accompagne le repreneur quelque temps !
A linverse, si le repreneur dispose de compétences ou de relations commerciales lui permettant de tirer un meilleur parti de lentreprise et de la développer, il ne doit pas payer au cédant cette valeur qui repose sur lui-même.
Le repreneur pense-t-il être convaincant auprès des partenaires financiers (banquiers, prêts dhonneur, capital-investisseurs) quil compte solliciter pour financer partiellement cette acquisition ?
Quel est létat général de lentreprise ?
Lentreprise convoitée est-elle "en bénéfice" ou "en perte" ? Son activité est-elle en croissance, stable, ou en perte de vitesse ?
Quel est limpact du cédant sur les charges actuelles de lentreprise ?
- Le cédant et sa famille peuvent être rémunérés de façon variée : sous forme de salaires, de primes, de règlements de frais, de dividendes, dhonoraires de conseil, de loyers de SCI, de royalties, de commissions comerciales, de licences, etc. Ces charges peuvent être "de marché" cest à dire conformes aux pratiques courantes et prix observés pour des responsabilités similaires ou des prestations comparables, ou être au contraire "hors normes".
- Les relations du cédant lui permettent-elles daccéder à des conditions dachat qui pourraient être remises en cause par son départ ?
Sur quoi porte lévaluation ?
Lacquisition peut porter sur des actifs isolés (licence de taxi, marque, machine, bâtiment), un fonds de commerce (cf. montage juridique), des parts sociales de SARL, des actions de SA, ou la présentation dune clientèle. La teneur de lachat doit être précisée pour que le repreneur soit en mesure deffectuer une évaluation adaptée à la situation et de bien prendre en compte les dettes et les engagements associés aux objets rachetés, si nécessaire : garantie donnée à la clientèle, contrats de travail, emprunts, crédit-bail, location financière, passif du bilan, etc.
Les méthodes dévaluation dentreprises
Les méthodes en vigueur se répartissent principalement en trois familles, comportant chacune de nombreuses variantes :
Les méthodes dites "patrimoniales".
Elles visent à évaluer les actifs de lentreprise (ce quelle possède) et à en soustraire la valeur de ses dettes pour obtenir lactif net, appelé encore situation nette.
Elles conduisent rarement à une valeur économique juste de lentreprise. Si cette dernière est en perte et sans projets, sa situation nette peut être optimiste, alors que si la rentabilité est élevée, ou que des projets prometteurs sont en cours, cette même évaluation sera pessimiste.
Ces méthodes sont cependant utiles pour évaluer la valeur de remplacement ou de liquidation de lentreprise : si le repreneur voulait reconstituer cette entreprise et ses actifs (ses biens), combien cela coûterait-il ?
Si le cédant voulait arrêter son activité et vendre les élements de lactif "au détail", combien cela lui rapporterait-il ?
Les méthodes dites "de rendement".
Elles visent :
- à estimer la capacité future de lentreprise à dégager des bénéfices,
- puis à en déduire sa valeur, en tenant compte du risque de non réalisation de ces bénéfices.
Ces méthodes présentent lavantage dêtre utilisables à la fois par le cédant, en se basant sur lhistorique quil peut projeter dans le futur, et par le repreneur, en se basant sur la rentabilité future espérée de lentreprise. Les deux parties pourront ainsi mettre en regard lévaluation de lentreprise (et donc le produit de sa vente ou les financements mobilisés pour lacquérir) avec sa rentabilité prévisionnelle.
Les méthodes dites "comparatives" (barèmes).
Elles visent à mettre en perspective lentreprise avec dautres, présentant un profil le plus proche possible, et dont la valeur de transaction est connue. Ces méthodes sont particulièrement adaptées à des cessions de commerce pour lesquelles existe une cote officielle. Certains métiers dartisanat ou certains commerces disposent ainsi de statistiques utiles à une approche "de marché" de la valeur de lentreprise, rassemblées dans des barèmes.
Le plus connu, est celui édité dans le Mémento pratique fiscal (Editions Francis Lefebvre).
Les méthodes comparatives sont plus ou moins le reflet du résultat des autres méthodes, telles que le marché des transactions comparables les applique.
Qui peut aider le repreneur à évaluer une entreprise ?
Les premières aides sont à chercher dans les réseaux daccompagnement et de formation (Chambres de Commerce et dIndustrie, Chambres des Métiers et de lArtisanat, Club des cédants et Repreneurs dAffaires, CLENAM), tout au moins pour obtenir un ordre de grandeur. Cf. Par qui se faire aider ?
Le repreneur peut aussi se tourner vers un conseil spécialisé, par exemple un notaire ou un agent immobilier, ou vers un expert de la branche dactivité, en sassurant de sa neutralité. Il peut sagir dun syndicat professionnel, dun fournisseur (un "brasseur" pour un café-restaurant, un "meunier" pour une boulangerie).
Dans certains cas, le banquier du repreneur peut avoir lexpérience de transactions comparables, voire avoir accès à des bases de données spécifiques internes destinées à lui permettre dapprécier le risque dun financement.
Il existe aussi des services dévaluation dentreprises sur internet : la qualité de leur travail va directement dépendre de la qualité de leurs informations de départ et de leur caractère plus ou moins automatique, et restera en tout état de cause théorique.
Lexpert-comptable est un expert de lévaluation dentreprises dans les contextes à dominante juridique ou fiscale, (parité de fusion, Impôt de Solidarité sur la Fortune, etc.). Son expérience de transactions récentes, de nature proche et en nombre significatif, peut éclairer le repreneur.
Dans tous les cas le repreneur devra comprendre comment cette évaluation est faite pour être sûr de ce quil achète, car en dernier ressort cest lui qui devra débourser largent (et non ses conseils).
Quelques considérations pratiques et dusage
Repreneur et cédant : des approches différentes
Même si le repreneur et le cédant évaluent la même entreprise, les motivations de chacun sont totalement différentes. Elles vont inévitablement influencer lestimation de lentreprise.
Il est courant dobserver un écart important entre le prix souhaité par le cédant et celui proposé par le repreneur. De nombreux experts estiment quen dessous dun écart de 30 %, la négociation reste possible, chaque partie pouvant alors envisager un effort partagé de 15 % dans ses attentes.
A linverse, si lécart de prix est trop important, le repreneur doit savoir renoncer et poursuivre ses recherches.
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Raisons de lécart dévaluation entre cédant et repreneur |
Conseils pour le repreneur |
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Laspect psychologique que revêt la transmission de lentreprise pour le cédant est très important. Bien souvent, il ne vend pas vraiment une entreprise mais une partie de lui-même, la somme dun travail acharné et, implicitement, le reflet de son succès. |
Le repreneur se doit de rester froid et lucide pour payer le "juste prix", qui lui préservera une marge de financement pour la sécurité et le développement de lentreprise. Il doit cependant être attentif à cette dimension affective, ne pas braquer le cédant, et lui faire comprendre en retour ses propres craintes. |
| Le cédant et le repreneur nutilisent pas forcément les mêmes méthodes dévaluation. | Sinformer sur le raisonnement du cédant, la méthode de calcul employée, les chiffres utilisés, afin de pouvoir mettre le doigt sur les points matériels de divergence dappréciation et les traiter. |
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Un décalage important peut être observé entre la date de lévaluation menée par le cédant et celle du repreneur : plusieurs mois, 1 an, ... |
Sassurer de lévolution des chiffres ayant servi de base à lévaluation menée par le cédant et baser sa propre analyse sur les chiffres les plus récents (dont la fiabilité devra être vérifiée au moment opportun). |
Quelle méthode choisir ?
Il nexiste pas de méthode globale dévaluation. Chaque méthode apporte une vision de lentreprise, plus ou moins pertinente selon sa taille, sa situation financière, sa rentabilité, ses perspectives dévolution et le poids du cédant dans ses performances. Les experts saccordent sur lutilisation couplée de plusieurs méthodes de manière à obtenir non pas un prix moyen mais plutôt une vision multifacettes de lentreprise et préparer ainsi la négociation du prix.
De ce fait, lusage de la méthode du goodwill est à proscrire car elle aggrège dux visions trop différentes pour ne pas souhaiter les garder séparées (patrimoniale et rentabilité).
Utiliser plusieurs méthodes permet de mieux cerner lévaluation, car leur mise en oeuvre apporte son lot dinformations et de questions. En résumé, ces méthodes présentent les particularités suivantes :
| Méthode | Les "plus" | Les "moins" | Usage typique |
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Patrimoniale |
Constitue une bonne référence pour encadrer le prix. | Méthode statique qui nintègre pas la notion de rentabilité. |
Société "moyenne" et stable. Evaluation dalternatives. |
| Comparative (barèmes) | Simple dutilisation. |
Fourchettes larges. Nécessité de recourir à dautres analyses. |
Commerce, artisanat. |
| De rentabilité |
Economiquement fondée. Permet de définir le montage approprié. |
Ne facilite pas la discussion entre repreneur et cédant (choix de multiple ou de taux ressenti comme arbitraire). | Acquisition nécessitant le recours à un emprunt remboursé par les résultats de lentreprise. |
Attention ! Il peut savérer risqué dappliquer aveuglément les méthodes présentées sans avoir pris la précaution de sentourer davis de praticiens. Ces méthodes sont dun maniement complexe et leur application par un non spécialiste peut induire fortement en erreur.
Difficultés habituellement rencontrées en négociation
Si le cédant et le repreneur sentent que la négociation peut aboutir mais que seul le prix de cession soppose à un accord, il est conseillé de "découper" les éléments fixant la valeur de lentreprise (fonds, stocks, matériels, ) et de les négocier séparément. Il sera ainsi plus facile de valider les points sur lesquels un accord est acquis et ceux nécessitant une négociation complémentaire.
Au cours des discussions entre repreneur et cédant, des sujets viennent régulièrement perturber les échanges. Il peut sagir notamment :
- des comptes-courants dassociés,
- de la trésorerie,
- de la superposition de méthodes dévaluation.
Les comptes-courants dassociés
Le prix proposé intègre-t-il les comptes-courants dassociés ? Ce point nest pas toujours très clair, ni pour le cédant ni pour le repreneur. Il sensuit donc parfois des discussions qui peuvent facilement virer à laigre, alors que la mise à plat du sujet suffit souvent à le résoudre.
Attention ! Il arrive même que le repreneur découvre après coup quil doit rembourser les compte-courants en sus du paiement du prix des actions, alors que pour lui le prix portait sur lensemble. La rédaction de lacte de cession doit donc être extrèmement claire sur ce point !
Lévaluation telle que présentée ici concerne la valeur de la part globalement dévolue à lactionnaire/porteurs de parts et ne préjuge pas de la répartition de cette part entre valeur de parts (SARL), valeur dactions (SA), valeur dautres titres (obligations, etc.) et valeur des fameux comptes-courants. Si cela nest pas le cas il suffit dêtre cohérent pour rétablir léquilibre :
La trésorerie
Cédants ou repreneur font parfois la confusion entre le compte-courant dun associé et la trésorerie de lentreprise.
Une petite visite au bilan de lentreprise permet den voir la différence :
La trésorerie de lentreprise correspond à largent dont elle dispose en caisse chez elle et en excédent sur ses comptes (disponiblités et placements), éventuellement diminuée du passif bancaire dexploitation, cest-à-dire des dettes à court terme de lentreprise vis-à-vis de la banque. En dautres termes, cest largent immédiatement utilisable par lentreprise pour acheter quelque chose.
Les comptes-courants correspondent à lenregistrement historique des sommes mises par les associés à la disposition de lentreprise et non remboursées à date. Cest une dette de lentreprise vis-à-vis des associés, qui pourra être remboursée si lentreprise dispose de la trésorerie nécessaire.
Lorsque le repreneur rachète des titres de société, il rachète implicitement la trésorerie, car celle-ci appartient à lentreprise au même titre quune machine ou une créance client. Si le prix payé par le repreneur couvre les titres et les comptes-courants et que le cédant utilise la trésorerie de lentreprise pour rembourser son compte-courant avant de céder lentreprise, la valeur de lentreprise pour lui sen trouve diminuée dautant
La superposition de méthodes
Il nest pas rare de voir des cédants ou leurs conseils, par confusion, utiliser successivement plusieurs méthodes dévaluation et en additionner les résultats, ce qui peut revenir à vouloir valoriser plusieurs fois la même chose. Il en est ainsi, par exemple, si lon considère que lentreprise vaut un certain nombre de fois ses résultats et que lon valorise, à part et en plus, une marque ou un brevet déjà exploité et sur lequel se réalise une bonne partie du chiffre daffaires actuel.
Par contre valoriser, à part, un élément immobilier en surplus est tout à fait possible, à condition de faire supporter à lexploitation le coût annuel de limmobilier correspondant aux m² utilisés.
Autrement dit, il faut faire preuve de bons sens dans lusage des méthodes et être précis sur les hypothèses et sur les objets dont on parle.
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