Les étapes de la création d'entreprise - 4 - Les prévisions financières
| Publiée le 12/09/2007 |
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EN BREF...
Létablissement des prévisions financières consiste à traduire, en termes financiers, tous les éléments réunis au cours des étapes précédentes et à vérifier la viabilité de son entreprise en projetant ces éléments sur une période pertinente et suffisamment lisible : 3 ans.
Pour les gros projets il nest pas rare que les prévisions soient réalisées sur 5 ans, voire plus. Mais, dans la majorité des cas, une période triennale est largement suffisante.
Les différents choix opérés concernant la nature du produit ou de la prestation, la façon dexploiter le marché et le mode de gestion de la future entreprise vont nécessiter de recourir à certains moyens techniques et humains, quil convient dévaluer précisément.
Une méthode simple consiste :
à répondre, pour chaque fonction de lentreprise - acheter, stocker, fabriquer, prospecter, vendre, etc. - aux questions suivantes : comment ? avec quoi ? avec qui ?
puis, à dresser un tableau reprenant lensemble de ces moyens avec leur traduction en termes de coûts, excepté les capitaux découlant implicitement du cycle dexploitation sur lequel nous reviendrons en parlant du besoin en fonds de roulement.
Voir modèle de tableau
Les prévisions financières devront pour lessentiel répondre à 5 grandes questions :
1. Quels sont les capitaux nécessaires pour lancer le projet ? Est-il possible de les réunir ? Lélaboration du plan de financement initial permettra de répondre à ces questions.
2. Lactivité prévisionnelle de lentreprise va-t-elle sécréter un montant de recettes suffisant pour couvrir les charges entraînées par les moyens humains, matériels et financiers mis en œuvre ? En dautres termes, le projet sera-t-il rentable ? Lélaboration du compte de résultat prévisionnel permettra de répondre à cette question.
3. Les recettes encaissées par lentreprise tout au long de lannée permettront-elles de faire face en permanence aux dépenses de la même période ? Le plan de trésorerie permettra de mettre en évidence, mois par mois, léquilibre ou le déséquilibre entre encaissements et décaissements.
4. Quel montant minimal de ventes ou de prestations de services faudra-t-il impérativement atteindre au cours de la première année pour pouvoir au moins faire face à toutes les charges de lexercice : Le calcul du point mort ou seuil de rentabilité permettra de répondre à cette question.
5. Enfin, la solidité financière de lentreprise prévue grâce au plan de financement initial se poursuivra-t-elle au fur et à mesure du développement de laffaire ? Le plan de financement à 3 ans permettra de vérifier si, effectivement, la structure financière de la nouvelle entreprise se maintient et même saméliore, malgré de nouveaux besoins durables de financement apparaissant dans le temps. Une bonne structure financière est une des conditions de longue vie pour les nouvelles entreprises.
Cette démarche doit conduire à la construction dun projet cohérent et viable puisque chacune des options prises trouve sa traduction financière et sa répercussion sur les équilibres financiers.
Si le déséquilibre est trop important, le projet doit être remanié et sa structure financière adaptée en conséquence.
Létablissement du plan de financement initial
Il consiste à remplir un tableau regroupant :
du côté gauche tous les besoins financiers durables de lentreprise, cest-à-dire :
les frais détablissement,
les "équipements" au sens large quil faut acheter (les investissements HT selon leur nature deviendront ultérieurement les immobilisations incorporelles, corporelles et financières dans le bilan du premier exercice de lentreprise),
le Besoin en fonds de roulement (BFR), cest-à-dire le montant dargent utilisé en permanence, tant dans lachat et la détention du stock dont on a besoin tout le temps pour fonctionner correctement (montant diminué des facilités de paiement consenties en permanence par les fournisseurs) que dans les délais de paiement que lon va être obligé daccorder aux clients (argent dû en permanence par les clients).
et du côté droit, les ressources financières durables :
- qui sont apportées par le porteur du projet (apports personnels),
- quil faudra trouver en complément (prise de participation de tiers, prime ou subvention, emprunt à moyen ou long terme).
En bonne orthodoxie de gestion, les besoins financiers durables doivent être couverts par des ressources financières de même nature.
Les totaux des deux colonnes doivent être égaux. Par conséquent si la somme des apports (éventuellement majorés de primes ou subventions), reste inférieure au total des besoins durables il faudra combler cette différence par un financement externe.
Ce financement, en principe de nature bancaire, devra être en cohérence avec la pratique des banques qui appliquent certains principes pour la distribution des crédits dinvestissements (crédits à moyen ou long terme) comme :
ne pas risquer plus de fonds que le créateur lui-même,
écarter de lassiette de financement les investissements incorporels (hormis le fonds de commerce) et très souvent le besoin en fonds de roulement,
ne financer quà hauteur de 70 % du prix HT ce qui est recevable (besoins finançables par la banque),
tolérer chez lemprunteur un endettement à terme qui ne dépasse pas le total des C.A.F des 3 premières années (C.A.F = capacité dautofinancement),
naccepter chez lemprunteur quune charge annuelle de remboursement du capital emprunté limitée au plus à la moitié de la C.A.F prévisionnelle.
Ces deux derniers critères imposés par les banques ne pourront être vérifiés quune fois le compte de résultat établi, ce qui pourra amener à reconsidérer la solution financière.
Etablissement du compte de résultat pour chacune des trois premières années
Le compte de résultat peut être établi soit sous forme de liste soit sous la forme classique et plus simple dun tableau.
Dans ce dernier cas, il sagit dun tableau retraçant lactivité et permettant, pour chacun des trois premiers exercices, de recenser :
dans la partie gauche lensemble des charges (achats et frais généraux) de lexercice,
dans la partie droite les produits (chiffre daffaires) de lexercice et par différence entre les deux colonnes du tableau sassurer que lactivité dégage un bénéfice suffisant (reliquat des produits par rapport aux charges).
Pour remplir correctement le compte de résultat, il faudra :
Dans la partie gauche du tableau :
ne rien oublier des charges prévisibles dexploitation (un plan comptable pourra servir de liste-type),
évaluer la dotation aux amortissements pour les investissements achetés (si, bien sûr, ils sont amortissables),
calculer également les charges financières induites par le "financement externe" qui a été déterminé pour équilibrer le plan de financement initial.
Dans la partie droite du tableau :
Sont inscrits le chiffre daffaires et éventuellement les autres produits (financiers ou exceptionnels).
Tous les montants sont à porter pour leur montant hors taxes (sauf en cas de non assujettissement à la T.V.A.).
Remarque : A ce stade, le compte de résultat ne peut pas être définitivement arrêté, car il est possible que la situation de trésorerie au cours des premiers mois nécessite le recours à des crédits bancaires à court terme. Si cétait le cas, il faudrait bien sûr incorporer aux charges financières déjà inscrites les agios y afférents. Ce calcul nécessite détablir le plan de trésorerie.
Etablissement du plan de trésorerie
Il sagit dun tableau présentant tous les décaissements et tous les encaissements prévus au cours de la première année, en les ventilant mois par mois dans 12 colonnes.
Chaque entrée ou sortie de fonds - en TTC pour les opérations assujetties à la T.V.A. - doit être portée dans la colonne du mois où elle doit normalement se produire. Le créateur détermine ensuite le solde de trésorerie du mois, puis un solde de trésorerie cumulé dun mois sur lautre. De cette manière, il est en mesure de savoir par rapport à ses prévisions dactivité si tout ce quil y aura à payer pourra lêtre sans problème grâce aux disponibilités du moment.
Si ce document prévisionnel devait faire ressortir une impasse de trésorerie à un certain moment, il sera impératif quil trouve une solution avant le démarrage de lentreprise.
En effet, si statistiquement 17 % des entreprises nouvelles disparaissent au cours de la première année, cest, pour beaucoup, en raison de problèmes de paiements courants !
Il faudra donc peut-être prévoir des crédits bancaires de fonctionnement (comme lescompte de papier commercial, la mobilisation de créances professionnelles dans le cadre de la loi DAILLY, le découvert, etc...) et tenir compte de leur coût dans le compte de résultat.
Etablissement du plan de financement à 3 ans
Une bonne structure financière est un gage de pérennité pour la nouvelle entreprise, qui pourra ainsi faire face à des aléas (retard dans la montée en puissance du chiffre daffaires, impayé, etc...) dautant mieux quelle aura des ressources financières stables en réserve pour cela.
De manière à prévoir lévolution de la structure financière de lentreprise, il est nécessaire délaborer sur le même principe que le plan de financement initial, un tableau projetant, à la fin de chacune des trois premières années, lévolution des besoins financiers durables et des ressources financières stables.
Pour la première année, il suffira de reprendre le contenu du plan de financement initial en y incorporant les éléments nouveaux survenus au cours de lexercice, notamment les ressources propres nouvelles générées par lactivité : la capacité dautofinancement ou CAF.
En création dentreprise, la CAF est égale à :
bénéfice après impôt + dotation aux amortissements de lexercice.
Pour les années 2 et 3 il ne faudra prendre en compte que les seuls éléments nouveaux apparus dans les besoins ou ressources durables au cours de chaque exercice respectif.
Il est nécessaire que, pour la première année, les ressources excèdent les besoins dun montant représentant au moins 15 à 20 % du montant de la C.A.F. Cet excédent doit saccentuer les années suivantes.
Calcul du point mort (seuil de rentabilité)
Le point mort représente le niveau dactivité qui permet, grâce à la marge réalisée (différence entre ce niveau de ventes et les charges variables découlant implicitement de ce chiffre daffaires) davoir les moyens de payer toutes les autres charges de lexercice, cest-à-dire les charges fixes.
Pour calculer ce point mort, il faut :
1) Répartir lensemble des charges de lexercice en deux catégories :
- le montant de toutes les charges fixes : ensemble des dépenses que lon a obligatoirement, que lon vende ou que lon ne vende pas (ex : loyer du local commercial, salaires, charges sociales, assurance, comptable, etc...),
- le montant de toutes les charges variables : montant des dépenses découlant automatiquement du niveau des ventes (par ex : le montant des approvisionnements correspondant au chiffre daffaires réalisé, frais de transport sur achats et/ou sur ventes, commissionnement versé sur les ventes,...) .
2) Calculer la marge sur coûts variables qui est égale au montant prévisionnel des ventes diminué des charges variables entraînées automatiquement par ces ventes .
3) Traduire cette marge en pourcentage de chiffre daffaires (taux de marge sur coût variable) en divisant la marge sur coûts variables par le montant du chiffre daffaires et en multipliant le résultat par 100.
4) Diviser le montant des charges fixes par ce taux de marge pour obtenir le seuil de rentabilité : montant de chiffre daffaires qui permettra de payer toutes les charges fixes.
Dès que les ventes dépasseront le point mort, lentreprise commencera à dégager des bénéfices.
Le seuil de rentabilité est un bon indicateur pour compléter lapproche de réalisme du projet, car on peut le traduire concrètement en nombre dheures à facturer, nombre darticles à vendre en moyenne par jour (ou par semaine) etc...
Recommandations
Le montage des comptes prévisionnels demeure un exercice très sérieux, pour lequel il faut se garder dun trop grand optimisme, mais au contraire coller le plus possible à la réalité du terrain (hypothèses vraisemblables, en particulier pour le chiffre daffaires prévisionnel et le besoin en fonds de roulement).
Même sil nest pas spécialiste , le créateur doit quand même maîtriser dans les grandes lignes le mécanisme des comptes prévisionnels, pour pouvoir être crédible en discutant avec le banquier et parce que cest le B.A. BA de la gestion, responsabilité à laquelle tout créateur sera très vite confronté.
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