La réussite de la transmission ou de la cession de l’entreprise
relève de la responsabilité des dirigeants qui doivent prendre le
temps de la réflexion afin de mettre en œuvre la solution la mieux
adaptée.
La transmission au sein du groupe familial est souvent à titre
gratuit. Cette transmission peut intervenir soit involontairement
(décès brutal du chef d’entreprise), soit volontairement par
donation.
La cession à titre onéreux de l’entreprise correspond d’un point
de vue juridique soit à une vente de fonds de commerce, soit à une
cession de titres sociaux.
1. Préparation de la transmission de
l’entreprise
La préparation s’effectue généralement en deux phases
- Phase de préparation de l’entreprise à sa transmission:
organiser l’entreprise de manière à la rendre transmissible dans
les meilleures conditions juridiques et fiscales
- Phase de préparation de la transmission proprement dite: mettre
en œuvre l’opération de transmission
a) Préparation de l’entreprise à sa
transmission
Dans la plupart des cas, l’entreprise
doit être restructurée sur le plan juridique.
L’apport de l’entreprise
individuelle en société
Lors de la transmission d’entreprise,
la forme sociétaire présente un grand nombre d’avantages. En effet,
elle permet de transmettre le capital progressivement. De plus,
l’entreprise est distincte du patrimoine du chef d’entreprise ce
qui en simplifie la transmission: le décès de l’entrepreneur n’a
pas de conséquences sur la vie de la société.
Sur le plan fiscal, la société est
plus avantageuse. Par exemple, concernant l’imposition des
plus-values, la transmission par décès ou donation de titres
sociaux est totalement exonérée d’impôt. La transmission d’un fonds
de commerce dans les même circonstances donne lieu à l’imposition
des plus-values professionnelles.
L’apport de la société à une société
holding
Si l’entreprise est déjà en société,
l’apport des titres de la société à une société holding (création
d’une société holding familiale) peut être appréciable.
En effet, la société holding ouvre la
possibilité de donner une part plus importante du capital à ses
héritiers sans perdre le contrôle de l’entreprise.
De plus, la société holding permet la
distribution des réserves de moins de cinq ans de la société afin
d’éviter le paiement du précompte et l’imposition de ces dividendes
entre les mains des associés personnes physiques (régime fiscal des
sociétés mère-fille).
Le retrait des actifs
patrimoniaux
Il s’agit des actifs qui seraient
susceptibles de produire un revenu indépendant de l’exploitation de
l’entreprise.
En général, ces actifs sont des
immeubles inscrits à l’actif de la société. Il est donc opportun de
les apporter à une société civile immobilière qui optimisera leur
gestion.
b) Préparation de la transmission de
l’entreprise proprement dite
Évaluation de l’entreprise
Il est important de procéder à une
évaluation de l’entreprise par un expert-comptable ou un autre
cabinet. En effet, si une donation est envisagée, la valeur de
l’entreprise peut être soumise au préalable de l’administration
(Instruction administrative du 8 janvier 1998).
Le risque est grand en cas de
donation de voir l’administration contester la valorisation retenue
et réclamer des compléments de droits importants. Cette évaluation
permet de prouver la valeur réelle de l’entreprise.
Audit
Lors de la transmission familiale,
l’audit peut être utile pour obtenir de bonnes connaissances des
forces et faiblesses de l’entreprise.De même, l’audit permet
d’évaluer et de fixer les droits de tous les héritiers.
Communication à l’égard de ses
salariés de l’intention du chef d’entreprise de transmettre son
entreprise
Indépendamment des obligations
d’information et de consultation du comité d’entreprise ou des
délégués du personnel, il est judicieux d’associer les principaux
cadres au processus de transmission. Il est important qu’ils
prennent conscience que la transmission est souhaitable pour la
pérennité et le développement de l’entreprise.
2. Réalisation de la donation de l’entreprise
La donation est un acte grave. C’est
pour cette raison que la loi impose que tout acte de donation doit
être établi par un notaire, sous peine de nullité de l’acte
(Article 931 du Code civil).
Les honoraires du notaire pour une
donation s’élèvent environ à 1% TTC de la valeur des biens
donnés.
Quelle sorte de donation choisir?
L’entrepreneur a le choix entre une donation simple et une
donation-partage.
a) Donation simple
Selon les dispositions de l’article
894 du Code civil "le donateur se dépouille actuellement et
irrévocablement de la chose donnée, en faveur du donataire qu’il
accepte".
b) Donation-partage
Aux termes de l’article 1075 du Code
civil, "la donation partage est l’acte par lequel des parents font
entre leurs enfants la distribution et le partage de tout ou
parties de leurs biens".
Cependant, la donation-partage,
contrairement à la donation simple qui est toujours susceptible
d’être remise en cause au décès du donateur, est définitive entre
eux. La donation-partage est donc la seule façon de transférer
sûrement une entreprise lorsque l’entrepreneur a plusieurs
enfants.
3.
Transmission progressive du capital
L’entreprise individuelle se prête
mal à une transmission progressive. A l’inverse, dans une société,
la division du capital en parts sociales ou en actions permet de
procéder à des donations successives.
Cependant, la transmission du capital
a pour conséquence directe la transmission du pouvoir et la
transmission des revenus issus de l’entreprise.
Afin de limiter ces effets, deux
solutions sont envisageables.
a) Interposition d’une société
holding
Il est possible de maintenir les
bénéficiaires des donations dans une situation minoritaire au
niveau de la société holding. L’entrepreneur conservant la
majorité, il peut continuer à diriger la société à travers la
société holding. Il peut donc conserver la direction de son
entreprise tout en ayant donné une partie de ses titres
sociaux.
b) Démembrement de propriété
En plus de son intérêt fiscal,
l’usufruit permet au donateur (le chef d’entreprise) de conserver
tout ou partie de ses revenus.
En effet, l’usufruit offre la
possibilité de garder les revenus issus de l’entreprise.
Les bénéficiaires des donations ont
la nu-propriété des biens mobiliers (titres sociaux) et le donateur
a l’usufruit c’est-à-dire qu’il récolte les fruits des biens
immobiliers.
4. Conséquences fiscales de la
donation
a) Déductions possibles
Abattement de 300.000 FRF par enfant
et par donataire prévu par le Code général des impôts (CGI). Cet
abattement est renouvelable tous les dix ans.
Abattement supplémentaire possible
prévu si la donation intervient entre grand-parent et petit-enfant.
Cet abattement s’élève à 100.000 FRF.
Réduction spécifique de 30% à 50% mise en place pour les
donations simples et les donations-partages.
|
Age du donateur
|
Montant de la réduction
accordée |
| Moins de 65 ans |
50% |
| Plus de 65 ans |
30% |
Il est à noter que cette réduction spéciale sera supprimée au
1er juillet 2001 pour les donateurs de plus de 75
ans.
b) Droits fiscaux exigibles
L’acte constatant la donation doit être enregistré. Les droits
sont alors payables auprès du notaire.
| Taux
applicable |
| Jusqu'à 50.000 FRF |
5% |
| De 50.000 à 75.000 FRF |
10% |
| De 75.000 à 100.000 FRF |
15% |
| De 100.000 à 3.400.000 FRF |
20% |
| De 3.400.000 à 5.600.000 FRF |
30% |
| De 5.600.000 à 11.200.000 FRF |
35% |
| Plus de 11.200.000 FRF |
40% |
Toutefois, ces droits de donation sont déductibles des résultats
de l’entreprise. Néanmoins, l’entreprise doit être exploitée sous
la forme
- soit d’une entreprise individuelle;
- soit d’une entreprise non soumise à l’impôt sur le revenu
c’est-à-dire une entreprise exploitée sous la forme d’une SARL,
SA...
Concernant les entreprises individuelles, le bénéficiaire de la
donation doit s’engager de poursuivre personnellement
l’exploitation de l’entreprise pendant au moins cinq ans
(Instruction du 24 février 1997).
Ce dossier a été réalisé par Maître Revello, intervenant sur le
site
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