Vidéosurveillance dans l'entreprise : éléments pour un débat
| Publiée le 20/06/2008 |
Pour une entreprise, recourir à la vidéosurveillance, c'est non seulement dissuader les cambrioleurs, mais également surveiller les stocks et les locaux, contrôler les entrées et sorties, prévenir les incendies et même les accidents. Cette activité est en plein essor. A l'échelle européenne, le marché pesait près de 645 millions d'euros de chiffre d'affaires l'an dernier et devrait allègrement dépasser le milliard cette année. Le ministère de l'Intérieur évalue à 340 000 le nombre de caméras autorisées dans le cadre de la loi de 1995 (lieux publics et ouverts au public). Et chaque année, les entreprises sont de plus en plus nombreuses à l'adopter.
Mais, attention, entre impératifs de sécurité et dérapages incontrôlés concernant la vie privée, il y a un pas, à ne surtout pas franchir.
En effet, les vidéos enregistrées peuvent être visualisées à distance, à l'aide d'un simple navigateur Internet, de façon sécurisée. Mieux: désormais, certains logiciels de surveillance automatisée sont capables de détecter des mouvements inhabituels, lançant ainsi des alertes «intelligentes». Au Royaume-Uni, on teste même des caméras dotées de haut-parleurs, permettant de réprimander oralement les personnes prises sur le fait...
La réalité s'approcherait-elle dangereusement du roman 1984, de George Orwell, et de son célébrissime Big Brother?
Un exemple de dérapage : fin mars, l'hebdomadaire allemand Stern révèle l'utilisation de caméras miniatures dans certains magasins Lidl pour surveiller les salariés à leur insu. En interne, plusieurs centaines de pages de rapports faisaient état des faits et gestes des collaborateurs, y compris leurs passages aux toilettes ou leurs conversations privées pendant les pauses! Le discounter allemand doit, finalement, présenter des excuses publiques, incriminant les pratiques peu orthodoxes des cabinets de détectives privés, missionnés pour régler les problèmes de vols et de pertes de stock.
En France, la CNIL (Commission Nationale Informatique et Libertés) exige que, dès lors que les images sont enregistrées, plusieurs règles soient être observées. Même si elle manque encore de moyens de contrôle, l'organisation a déjà commencé à sanctionner financièrement entreprises et organismes ne respectant pas les libertés individuelles.
Au-delà du cadre légal, et en considération de l'ambiance sociale, tout employeur a quand même largement intérêt à expliquer clairement à ses employés les raisons du recours à la vidéosurveillance. Car l'incompréhension des salariés peut dégrader le climat de l'entreprise, voire entraîner de graves tensions.
Source :
www.cnil.fr
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